Pas-de-Calais : au lieu de les jeter, un agriculteur offre gratuitement ses pommes de terre invendues

Et si, au lieu de voir des tonnes de nourriture finir à la poubelle, on apprenait à les partager et à les cuisiner autrement ? Dans le Pas-de-Calais, un agriculteur fait parler de lui en offrant gratuitement des dizaines de tonnes de pommes de terre. Derrière ce geste simple, il y a une vraie question de société : que faire de nos surproductions, comment soutenir nos producteurs, et comment, vous aussi, pouvez agir à votre échelle ?

Un agriculteur du Pas-de-Calais qui refuse le gaspillage

À Penin, dans le Pas-de-Calais, l’agriculteur Christian Roussel se retrouve avec près de 90 tonnes de pommes de terre invendues. L’année 2025 a été exceptionnelle côté rendements. Les champs ont bien donné, trop même. Résultat, les stocks débordent, les prix chutent, et nombre de producteurs n’arrivent plus à vendre.

Les usines de transformation de la région ont déjà rempli leurs contrats. Pour le reste, il n’y a « pas de débouché ». Même pour l’alimentation animale, les volumes sont tels que les demandes sont saturées. Alors, plutôt que de laisser ces pommes de terre pourrir dans un hangar, l’agriculteur a pris une décision forte : les offrir.

Une distribution gratuite… avec une cagnotte libre

Pour éviter le gaspillage, Christian Roussel organise une distribution gratuite de pommes de terre à sa ferme, la Ferme Roussel, au 1 rue de Saint-Pol à Penin. Sur deux journées, de 8 h à 16 h, chacun peut venir se servir. Sans condition de ressources, sans inscription. Juste venir avec ses sacs ou ses caisses.

La distribution est annoncée comme entièrement gratuite. Mais une cagnotte est mise à disposition. Chacun peut y glisser une participation, même modeste, pour soutenir l’exploitation. Beaucoup d’internautes, touchés par ce « beau geste », encouragent justement les visiteurs à laisser quelques euros. Car oui, derrière ce don massif, il y a un agriculteur qui, lui aussi, doit payer ses charges, ses semences, son matériel.

Un geste solidaire qui interroge tout notre système alimentaire

Cette histoire est belle, mais elle révèle aussi une réalité dure. Produire plus ne veut pas forcément dire gagner mieux sa vie. La surproduction de pommes de terre entraîne des prix « historiquement bas ». Les stocks s’accumulent. Et certains agriculteurs se retrouvent piégés avec des tonnes de denrées non valorisées.

Sur les réseaux sociaux, les réactions affluent. Beaucoup saluent la générosité du producteur. Certains proposent même que les collectivités rachètent ces pommes de terre pour les cantines scolaires. L’idée paraît simple. Mais dans les faits, les restaurants collectifs doivent respecter des normes strictes et des circuits d’achat très encadrés. Tout ne peut pas se décider en quelques jours.

D’autres suggèrent de travailler avec des associations comme les Restos du cœur ou le Secours populaire. L’agriculteur préfère, pour l’instant, attendre de voir ce qui restera après la distribution au grand public. Ensuite, seulement, il envisagera éventuellement un partenariat avec ces structures.

Comment cette initiative peut changer notre regard sur les agriculteurs

Ce geste montre une chose essentielle : beaucoup de producteurs ne supportent pas de voir leur travail gâché. La pomme de terre ne représente que 8 à 10 % de la surface agricole de la ferme Roussel. Cela lui laisse une certaine marge pour diversifier ses revenus. Mais tout le monde n’a pas cette chance.

Pour ses futures plantations d’avril, l’agriculteur veut absolument sécuriser des contrats en amont. Objectif : éviter de revivre une situation où il se retrouve avec des tonnes de produits sans acheteur. Derrière cette décision, il y a une question simple : comment, collectivement, mieux organiser la production, la demande et la rémunération de ceux qui nous nourrissent ?

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Vous voulez aider concrètement ? Voici comment faire

Si vous habitez près de Penin ou dans le Pas-de-Calais, vous pouvez vous rendre à la ferme lors des jours de distribution. Profitez-en pour discuter avec l’agriculteur, comprendre son métier, et pourquoi pas, lui laisser une participation dans la cagnotte. Même 2 ou 5 euros, multipliés par des centaines de visiteurs, peuvent faire une vraie différence.

Vous pouvez aussi en parler autour de vous. Partager l’information sur les réseaux sociaux, dans votre famille, avec vos collègues. Plus il y a de personnes qui viennent récupérer ces pommes de terre, moins il y aura de gaspillage. Et plus le message envoyé sera fort : les citoyens se sentent concernés par le sort des producteurs.

Enfin, au-delà de cet événement précis, vous pouvez soutenir les agriculteurs de votre région. Acheter des produits locaux, aller sur les marchés, rejoindre un AMAP, privilégier les circuits courts. Chaque achat est un petit vote pour le modèle agricole que vous voulez encourager.

Que faire de toutes ces pommes de terre à la maison ?

Peut-être que vous vous dites : « D’accord, je viens chercher des pommes de terre. Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ? » Pas besoin d’être un chef étoilé. Avec quelques idées simples, vous pouvez varier les recettes et conserver une bonne partie de votre stock.

Des idées de recettes faciles et réconfortantes

Voici trois recettes toutes simples pour valoriser ces pommes de terre offertes, avec des quantités précises.

  • 1. Soupe de pommes de terre et poireaux (4 personnes)
    • 600 g de pommes de terre
    • 2 gros poireaux
    • 1 oignon
    • 1 l d’eau ou de bouillon de légumes
    • 2 c. à soupe d’huile ou 30 g de beurre
    • Sel, poivre

    Épluchez 600 g de pommes de terre et coupez-les en petits cubes. Lavez 2 poireaux et tranchez-les en rondelles. Émincez 1 oignon. Faites revenir l’oignon dans l’huile ou le beurre pendant 3 minutes. Ajoutez les poireaux, laissez fondre 5 minutes à feu doux.

    Ajoutez les cubes de pommes de terre, couvrez avec 1 litre d’eau ou de bouillon. Salez légèrement, poivrez. Laissez cuire environ 25 minutes, jusqu’à ce que les légumes soient bien tendres. Mixez plus ou moins selon la texture que vous aimez. Servez chaud, avec un peu de crème ou de fromage râpé si vous le souhaitez.

  • 2. Gratin de pommes de terre au four (4 à 6 personnes)
    • 1,2 kg de pommes de terre
    • 40 cl de crème liquide ou 30 cl de crème + 10 cl de lait
    • 1 gousse d’ail
    • 100 g de fromage râpé (emmental, comté, etc.)
    • Sel, poivre, muscade (facultatif)

    Préchauffez votre four à 180 °C. Épluchez 1,2 kg de pommes de terre et coupez-les en fines rondelles. Frottez un plat à gratin avec une gousse d’ail coupée en deux. Disposez une première couche de pommes de terre. Salez, poivrez, ajoutez un peu de muscade.

    Répétez les couches jusqu’en haut du plat. Versez 40 cl de crème (ou le mélange crème-lait) par-dessus. Saupoudrez avec 100 g de fromage râpé. Enfournez pour 50 minutes à 1 heure. Le dessus doit être bien doré et les pommes de terre très fondantes.

  • 3. Pommes de terre rôties au four façon « patates du marché » (4 personnes)
    • 800 g de pommes de terre
    • 3 c. à soupe d’huile d’olive
    • 1 c. à café de paprika
    • 1 c. à café d’herbes de Provence ou de thym
    • Sel, poivre

    Préchauffez le four à 200 °C. Lavez 800 g de pommes de terre. Épluchez-les ou non, selon votre goût. Coupez-les en gros quartiers. Dans un saladier, mélangez l’huile, le paprika, les herbes, le sel et le poivre.

    Ajoutez les pommes de terre, mélangez bien pour les enrober. Étalez-les sur une plaque de cuisson en une seule couche. Enfournez 35 à 40 minutes en remuant une ou deux fois pendant la cuisson. Elles doivent être dorées à l’extérieur et moelleuses à l’intérieur.

Comment bien conserver vos pommes de terre

Si vous repartez de la ferme avec plusieurs sacs, pensez à bien les stocker. Cela évite qu’elles germent ou pourrissent trop vite. Voici quelques règles simples :

  • Gardez-les dans un endroit frais, sec et ventilé, idéalement entre 6 et 10 °C.
  • Évitez la lumière. Elle les fait verdir et développer un goût amer.
  • Ne les lavez pas avant stockage. L’humidité favorise les moisissures.
  • Écartez régulièrement les pommes de terre abîmées pour ne pas contaminer les autres.
  • Utilisez en premier les plus petites ou celles qui présentent de petites marques.

Un geste simple, une question de société

L’initiative de cet agriculteur du Pas-de-Calais montre que, parfois, il suffit d’un choix courageux pour transformer une crise en élan de solidarité. Au lieu de voir 90 tonnes de pommes de terre partir en fumée, elles vont nourrir des familles, remplir des casseroles, réchauffer des tables.

La prochaine fois que vous croiserez un producteur sur un marché, dans une ferme, ou sur un article comme celui-ci, vous vous souviendrez peut-être de cette histoire. Derrière chaque kilo de pommes de terre, il y a des mois de travail, des choix risqués, des nuits d’inquiétude parfois. Et vous avez, à votre niveau, le pouvoir de soutenir celles et ceux qui prennent ce risque pour que nous mangions chaque jour.

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Auteur/autrice

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    Passionnée de gastronomie, Marie Fontaine met son expertise du SEO et sa curiosité des cultures culinaires au service de Cyclo Café. Auteure, consultante et grande voyageuse, elle partage depuis plus de dix ans ses découvertes gourmandes, ses astuces maison et ses carnets de route, valorisant sans cesse la richesse des terroirs et tendances actuelles. Sa plume avisée et son exigence technique font d’elle une référence reconnue pour tous ceux qui veulent explorer l’univers des saveurs sous un angle authentique, informé et inspirant.

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